Café littéraire
Béjaia
Bouziane Ben Achour et Hadj Miliani
« Le champ culturel, artistique et littéraire manque de critique »
La littérature, le théâtre, la presse, ont fait l’objet d’un débat critique autant passionnant qu’enrichissant, animé lors d’un café littéraire ayant eu lieu le 5 décembre 2009 au Théâtre régional de Bejaïa, par deux intellectuels algériens : Bouziane Ben Achour (écrivain, dramaturge, essayiste et journaliste), et Hadj Miliani, professeur de littérature française à l’université de Mostaganem.
« Bouziane est passé d’abord par la pratique du théâtre amateur durant les années 1970, puis par le journalisme avant d’entamer un autre parcours de romancier à la fin des années 1990 », dira l’universitaire. C’est à partir de la décennie 2000, suite à la publication du premier roman de Bouziane, Dix années de solitude évoquant le drame des femmes violées et violentées par le terrorisme de la décennie 1990, que l’écrivain prendra son envol, devenant au fil des années un auteur prolifique ayant fait paraître six romans jusque-là, parmi lesquels on pourra citer, Fusil d’octobre, Dépossédé, Mèjnoun…
« C’était le succès de Dix années de solitude, sorti en 2003 et réédité plusieurs fois depuis, qui m’a encouragé à poursuivre mon aventure romanesque. Mais, c’était à partir de la publication de mon troisième roman que je commençais véritablement à me sentir écrivain. J’ai réalisé que l’écriture est finalement un métier et qu’il me fallait donc apprendre à devenir écrivain », confessera Bouziane.
L’écrire romanesque a permis à l’invité du café littéraire de s’exprimer plus profondément, en donnant libre cours à son imagination créative, ce qui ne lui était pas possible à réaliser avec le journalisme, qui l’enfermait uniquement dans le factuel, l’instantané, le caractère éphémère propre à l’écrit de presse. C’était donc pour s’affranchir des limites que lui imposait la pratique du journalisme que Bouziane a définitivement libéré son esprit pour la création littéraire.
Hadj Miliani considère que l’œuvre romanesque de Bouziane s’impose de nos jours de par son « cachet particulier », mais souffre en revanche de l’absence de reconnaissance de la part de nos critiques littéraires et nos universités. « Il faudra donner à son œuvre une réelle visibilité. L’université devrait faire son travail dans ce sens-là. Il nous manque des critiques littéraires spécialisés. Plus généralement, le champ culturel, artistique et littéraire manque de critique », a-t-il déploré.
Abordant sous un œil critique le travail de la presse, un intervenant ne manquera pas de dénoncer la subjectivité des comptes rendus des journaux sur les œuvres littéraires et artistiques. Pour lui, la presse ne rend service à personne en présentant les romans et pièces de théâtre comme étant des œuvres accomplies, alors qu’elles ne le sont pas en réalité. La presse n’aide pas le lecteur à reconnaître une œuvre de qualité de celle que l’on pourrait qualifier de médiocre et dépourvue d’intérêt, a-t-il longuement expliqué avec amertume.
Bouziane estime par ailleurs que, quoi qu’on dise, il n’y a pas de crise réelle dans le théâtre algérien. « Il existe bien un mouvement théâtral en Algérie, il lui manque par contre une certaine visibilité. Au lieu de crise de théâtre, il y a plutôt une crise de société en Algérie », a-t-il rectifié.
Miliani attribue enfin un immense rôle au café littéraire dans la mesure où il permet un échange fructueux entre tous les passionnés de la littérature. Pour lui, il ne s’agit pas d’inviter des écrivains pour les glorifier en donnant souvent l’illusion qu’ils sont importants sans qu’ils ne le soient peut-être en réalité. Cette activité doit s’attribuer le rôle de critique littéraire des œuvres d’écrivains invités pour la circonstance. Les ateliers d’écritures sont également très importants, a-t-il ajouté. Dans d’autres pays, comme les Etats-Unis d’Amérique, cela prend l’ampleur d’un phénomène social. C’est une activité qu’il faut absolument encourager puisqu’elle permet à tout le monde d’apprendre à pouvoir écrire sur tout sujet dans une totale liberté.
Kader Sadji
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![]() Jeudi 09 juillet 2009 DAHO DJERBAL
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