Présentation (Habiba Djahnine)

Habiba Djahnine
Née en 1968 en Algérie.Sa vie professionnelle est partagée entre la France et l'Algérie. Aux côté de certains collègues elle créee " Les rencontres cinématographique de Béjaia" en 2003 ( qui en sont à leur 3e édition). Fondatrice de l'Association "Cinéma et mémoire", elle a édité un recueil de poésie" Outre-Mort" aux éditions El Ghazali à Alger. Ainsi que des nouvelles et des textes d'humeurs foisonnants éditée dans des revues en France et en Algérie.
Documentariste formé à Paris III ( Sorbonne nouvelle), elle a réalisé un film documentaire titré "Lettre à ma soeur" en Algérie 2005 auquel elle y a consacré dix années de réflexion au perfectionnement de son travail, mais aussi à la purgation d'une vive douleur dont la révolte demeure vivace.
Révolte ou réponse?
Révolte à ces mots qui résonnent encore comme: l'escalade de la violence, la répression, les assassinats, le marasme et l'antidémocratisme qui désenchante le coeur de sa soeur Nabila, Architecte, Présidente de l'Association de défense des droits des femmes " Tighri n tmettuth" ( cri des femmes), Syndicaliste, Féministe, Militante à l'abrogation du code de la famille en 1984. Un combat défiant l'obscurantisme pour l'émancipation de la femme. Un combat qui mène une pure innocente entre les mains meurtrières des terroristes barbares, rendant l'âme le 15/02/1995 à Tizi- Ouzou à l'âge de 29ans.
Ame vivifiée, comme tant d’autres qui sombre dans l’oubli. « Lettre à ma sœur » lettre que votre sœur Nabila avait écrite en 1994, où elle avait raconté son désarroi face à l’action quasi impossible de ses années de plomb.
Vous ajoutez, je reprends vos propos, que : « ‘Lettre à ma sœur’ est aussi ma réponse à la lettre écrite par ma sœur (…) une manière de raconter ce qui s’est passé depuis 10 ans. Je veux retourner sur les lieux pour voir ce que sont devenus Tizi-Ouzou et les gens qu’elle (Nabila) connaissait »
Ce film est comme un témoignage d’amour, de fierté, de respect à cette éveilleuse de conscience, semblable à votre raisonnement aiguisé et au combat que vous meniez toujours.
Vous en tirez de ce film «Lettre à ma sœur » un constat qui demeure irrésolu de cette guerre fratricide. Porteuse d’une vision et d’une mémoire collective à la recherche d’outils et de moyens pour se reconstruire.
Un film qui vous a valu le grand prix du meilleur long métrage documentaire le « Djengou d’or » le 18 juillet 2009 à l’édition du ‘Beach festival’ du film documentaire à Kribi au Cameroun.
« Lettre à ma sœur » n’est pas votre unique réalisation, nous pouvons citer également :
- Les métiers de proximité (en 2002)
- Migrant en Europe (en 2004)
- Les faiseurs de l’ordinaire (en 2009)
Des réalisations où vous incitez à l’information, à la sensibilisation, à la réflexion et au débat pour la lutte contre la discrimination raciale, à l’embauche et à l’emploi.
Revenons maintenant un peu à votre recueil de poésie « Outre-Mort » pour en citer un petit passage très poétique, reflétant le mal-être d’une société qui demeure hermétique :
Extrait du poème :
Le Paris de la liberté
Refaire surface dans un monde
Où l’on est plus au centre de tout.
L’incommunicabilité s’installe avec le refus de la complaisance.
Le refus de plaire
Ou de ne plus plaire !
Peut-on s’accrocher à sa propre sphère de sentimentalité,
Sans perdre de vue l’errance du regard des autres ?
Le regard esseulé,
Ne s’accroche plus à rien
Même pas à la musicalité apparente du monde,
Ni même, au ciel comme arrière plan !
A l’aube d’une nuit d’amour
Le monde prend sens.